TextsThomas Bernardet archive ses images photographiques en deux catégories : les “documents de travail” aux “dimensions, utilisations et visibilités variables” et les “documents travaillés”, des “collages d’images photographiques et supports divers”. D’un côté donc, une collection d’images prises par l’artiste régulièrement alimentée, de l’autre ces mêmes images qu’il associe ou superpose sur des feuilles de papier de différentes couleurs et textures pour réaliser des compositions instables. Si, prises individuellement, ces photographies semblent banales, prélevées de l’ordinaire le plus commun, avec une récurrence de signes graphiques, de jeux de lignes et de matières, leur traitement, leur association et leur mode de présentation à l’allure “bricolée” leur confère un sentiment d’étrangeté tendant vers l’abstraction. En s’intéressant aux conditions dans lesquelles une image fixe est donnée à voir, Thomas Bernardet interroge ainsi non seulement leur statut de “document” mais également leur capacité à se singulariser et à faire œuvre. Amongst the common body of signs and objects surrounding us, and which we call reality, Thomas Bernardet picks out whatever attracts his attention (a sentence, object, slogan, situation or place) and lets it mature as « working documents »(photographs, sketches, notes). The results can be unsettling: here the limit between a simple document and a work of art becomes very porous. It is up to the viewer to unpack the issues that underlie his work: the status of the work of art, our relationship to reality, the parts played by collective representation and personnel projection. Parmi le réel, ce fond commun de signes et de choses qui nous entourent, Thomas Bernardet extrait de l’ordinaire ce qui peut devenir par la suite un point de vue particulier. Cette vision personnelle s’inscrit dans la multitude de ses influences culturelles. Son « regard » saisit ce que tous les « regards » peuvent voir. Cela peut-être un simple fait d’actualité, «une maison à 100 000 euros» ou de l’ordre de l’emprunt, à l’histoire de l’art par exemple. Thomas Bernardet prélève donc dans le réel ce qui attire son attention (une phrase, un objet, un slogan, une situation, un lieu) et le laisse mûrir sous forme de « documents de travail » (photographies, croquis, notes variées). Parmi ce qui est intuitivement collecté, certains « documents » vont avec le temps plus particulièrement se « révéler », comme on le dit en photographie, et faire apparaître le reflet d’une conscience à laquelle on ne prêtait pas attention. Thomas Bernardet peut alors réinvestir cette chose collectée et recomposer en quelque sorte son génome, retrouver sa gravité, ce qui lui donne un poids, une signification. Le résultat est assez troublant car la limite n’est pas franche entre le simple document et l’œuvre. Cette limite est même plutôt poreuse, ce qui invite le spectateur à faire son propre cheminement. Le spectateur doit en effet délier de nombreux enjeux: le statut de l’œuvre, notre rapport au réel, la part de toute représentation collective, la part de toute projection personnelle. Comprendre que c’est au Uit de realiteit, die gemeenschappelijke basis van tekens en voorwerpen die ons omringen, haalt Thomas Bernardet uit het gewone een aspect dat kan uitgroeien tot een bijzonder standpunt. Die persoonlijke visie past in de vele culturele invloeden waaraan hij zichzelf blootstelt. Zijn ‘blik’ vangt op wat alle ‘blikken’ kunnen zien. Dat kan een gewoon feit uit het nieuws zijn of een ontlening uit bijvoorbeeld de kunstgeschiedenis. Thomas Bernardet haalt uit de realiteit met andere woorden wat zijn aandacht trekt en laat dat vervolgens rijpen onder de vorm van ‘werkdocumenten’. Sommige van die ‘documenten’ die op die intuïtieve manier werden verzameld, zullen mettertijd de weerspiegeling blijken te zijn van een geweten dat voordien niet de aandacht kreeg dat het verdiende…
– A conversation with Constance Barrère on the exhibition at mot International November 2013 C : Does the selection of images you use in your works come from your own photographs ? C : What do you mean by « found » ? C : I’m wondering about the status of your work ‘Pas d’entrée vidéo’. (No video input). Is it a unique work or an edition? C : Is the photo in the collage ‘Reklaw Snave’ well and truly positioned upside down? C : The photographic format in your art sustains countless manipulations : inversions, superimpositions, vanishings… How does this process start?
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